L’église vendéenne agonise

Malgré son importance passée au sein du département cette institution, au demeurant incontournable dans l’inconscient collectif vendéen, agonise d’une mort annoncée.
Un texte de notre co-listier Claude Rouleau , du Québec.

La grande majorité des vendéens vivent une relation particulière avec le clocher de leur commune. Plus qu’une partie d’un bâtiment, il est un puissant symbole de ralliement. De la naissance jusqu’à la mort, il représente la continuité au-delà de l’espace et du temps. Dans un passé pas si lointain il servait de rassembleur. Lorsqu’une calamité ou qu’un désastre survenait, les cloches étaient mise à contribution de manière à avertir l’ensemble des villageois de l’éminence d’un danger. Combien de fois le tocsin fut employé pour souligner une catastrophe approchant du bourg. Cet attachement au clocher vient de loin. Il faut toujours avoir à l’esprit que la foi catholique a coulé dans le cœur des vendéens bien plus que leur propre sang .

Plusieurs observateurs vont même jusqu’à dire que le soulèvement de 1793 est le fait de cette religiosité qui a engendré un fanatisme immodéré dans ses rangs. Pour ma part, je lui loin d’endosser un pareil discours. Il est vrai que le centre de la vie du vendéen dépendait de cette foi. Tous ceux qui connaissent l’histoire des guerres de Vendée sont à même de témoigner sur ce point. Lorsque la Grande Armée catholique et Royale se met en branle elle le fait, non pas au son d’une marche militaire, mais aux chants des cantiques religieux. Et puis, il y a la morale de ses chefs. Tous sont de pieux catholiques qui appliquent, au grand dam des généraux républicains et des représentants de mission, un humanisme à faire pâlir « l’esprit égalitaire » des députés de la Convention. Le pardon de Bonchamps est un exemple parmi tant d’autre. Malgré cet élan, qu’on peut qualifier de mystique, la République a eu raison des insurgés. Les colonnes infernales et une politique de la terre brûlée a nivelé la Vendée au point d’en faire une région dévasté. Pour ma part, j’ose parler de génocide...

À partir de cette période le département n’a d’autre choix que de panser ses plaies. Elle a peut-être été vaincue, mais n’a jamais courbé l’échine. Elle reste « une terre de géants ». Napoléon arrive et met fin officiellement à cette triste histoire même si la Vendée est devenue une ombre plusieurs années auparavant. La liberté de culte rétabli et les prêtres « réfractaire » revenu d’exil, la région peut enfin tourner la page.

L’heure est au replis sur soi. Le département s’isole, plongeant dans une vocation agricole et maritime qui lui est propre. Le point central reste toujours la foi qui accompagne l’existence du vendéen, de la naissance jusqu’à la mort . On aura beau le traiter de « ventre-à-choux » de provincial arriéré et mal fagoté, il fait son petit bonhomme de chemin, sans se soucier des « libertés » de la République. Un siècle après le concordat, la séparation de l’église et de l’état suscite des troubles. Lorsque les commissaires du gouvernement tentent de recenser les biens de l’église, il s’ensuit des jacqueries qui force le pouvoir à lâcher du lest. On en vient aux coups dans plusieurs communes un peu partout en France.

Malgré la modernisation de la société, la première moitié du XX ième siècle ne change rien au comportement des vendéens. La pratique religieuse tient autant du mode de vie que du regard historique. Dans les chaumières, ont est conscient que la foi catholique a été chèrement acquise. Et puis, à la fin de sa vie, la rédemption est un aboutissement merveilleux devant une vie difficile ou le campagnard doit besogner dur pour obtenir quelques sous.

Dans les années soixante Vatican II vient changer la donnée. Une bouffée de fraîcheur vient fouetter le visage des croyants. Il s’ensuit d’importants changements, tant dans la pratique que dans l’interprétation de la foi. Cette mise à jour arrive, pour plusieurs, trop tard. La Vendée est déjà en grande mutation. D’une économie agricole, elle passe à celle des entrepreneurs, innovant dans de nombreux domaines. La prospérité commence à pointer son nez dans la région. La sécularisation du clergé, suite à un non renouvellement de la prêtrise, vient achever cette modification drastique du tableau. Le nombres d’officiants s’atrophie comme une peau de chagrin. Les églises se vides inexorablement. Les paroissiens restant sont de plus en plus âgés. Les têtes blanches dominent chez les fidèles

L’église de Vendée, comme toute les autres dans l’Occident, est à la croisée des chemins. Est-t-elle capable de se mettre à la page, sans pour autant renier l’essentiel de son message ? A-t-elle la capacité de se renouveler, tout en tenant compte de l’évolution de la société ? Le célibat du clergé, l’accès des femmes à la prêtrise et l’admission des abus de pouvoir de son clergé devront avoir leurs places dans les débats à venir au sein de cette institution.

À moins d’un coup de barre important, je suis pessimiste devant la volonté de l’église à se ressourcer. J’ai peur que la foi catholique, tant en Vendée que dans le reste de la France, devienne une source de folklore. Les croix du chemin, les lieux de culte, les centres de dévotions et les chapelles ne seront que des monuments entretenu chichement par des communes de moins en moins soucieuse d’assumer ce passé. Heureusement que la dernière demeure reste encore l’église pour la grande majorité des vendéens. Elle force les mairies à prendre certaines responsabilités. Dans l’avenir, que deviendra le legs de Louis-Marie Grignon de Montfort ? Ici et maintenant, je n’ai pas de réponses à donner devant ce constat. Et vous ??????

Claude Rouleau

0
0
0
s2sdefault

Vote utilisateur: 0 / 5

Etoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactivesEtoiles inactives